Eftacar Mirza Hossan est devenu Meilleur apprenti de France à Nice le 27 septembre dernier. Une belle histoire de réussite et d’intégration pour ce jeune apprenti venu du Bangladesh à l’âge de 16 ans, mais aussi, et surtout, de complicité avec son chef, Jean-Pierre Blasco de l’Auberge des Lices.
Comment avez-vous décidé de quitter votre pays, le Bangladesh ? Eftacar Mirza Hossan J’ai grandi dans un pays où il existe beaucoup de corruption et où il est difficile de réussir. Je vivais dans la ville de Sylhet avec une grande et une petite soeur. J’avais 15 ans quand mon père m’a dit qu’il fallait que je tente ma chance en Europe. Mon père est propriétaire d’un magasin. L’une de mes soeurs travaille dans le marketing, l’autre est infirmière. Vous avez bénéficié de l’accueil des mineurs non accompagnés géré par le Département.
Comment s’est faite votre prise en charge ? E. M. H. Quand je suis arrivé, j’ai été accueilli par la Fédération audoise des oeuvres laïques (FAOL). J’ai suivi des cours de français et la structure m’a aussi aidé à trouver une formation. Je voulais être photographe. Je prenais beaucoup de photos avec mon portable dans mon pays, surtout des paysages. Mais ils m’ont dit qu’il n’y avait pas trop de débouchés et ils m’ont proposé d’entrer au lycée Charles-Cros pour du service en salle. Au lycée, j’ai rapidement demandé à rejoindre la cuisine.
Comment avez-vous choisi la cuisine et l’apprentissage à l’Auberge des Lices ? E. M. H. J’ai regardé sur les réseaux et j’ai compris que la cuisine française était mondialement connue. Quand j’ai vu les plats, j’étais ébahi. Deux mois après, j’ai fait un stage à l’Auberge des Lices. Le chef, Jean-Pierre Blasco, m’a fait confiance et m’a proposé un contrat d’apprentissage. Il m’a fait passer à plusieurs postes, en pâtisserie, au poisson et aujourd’hui à la viande. J’ai rejoint le Centre de formation d’apprentis de l’industrie (CFAI) de Lézignan-Corbières qui m’a invité à participer au concours du Meilleur apprenti de France (MAF). J’avais envie de réussir et de faire plaisir à mon professeur et à mon chef. J’ai aussi passé mon CAP au printemps dernier.
J'ai encore beaucoup de choses à apprendre
Vous êtes devenu Meilleur apprenti de France en septembre dernier. Comment s’est déroulé le concours ? E. M. H. Cela s’est passé à Nice le 27 septembre. J’y étais seul mais, avant cette date, on a beaucoup travaillé la recette de la gelée à la verveine. Je cherchais des idées sur Instagram et je les proposais au chef Jean-Pierre Blasco. On a répété la recette plusieurs fois. Le chef m’a beaucoup aidé. Il a même acheté les assiettes de présentation. Un mois avant le concours, j’ai été malade, j’ai eu une péritonite. J’avais peur de ne pas être prêt mais j’ai pu m’entraîner en allant à l’école. Tout le monde m’a encouragé. Le jour du concours, j’étais assez serein. J’avais cinq heures pour réaliser le plat et le dessert. Nous étions 39 et, à la fin, je faisais partie des cinq Meilleurs apprentis de France. Je recevrai ma médaille d’or en mars à Paris au Théâtre du Châtelet. J’ai appelé ma mère et je lui ai envoyé la photo de mes plats. Ma famille était impressionnée ! Mon père était fier de moi.
Quel serait votre rêve pour la suite ? E. M. H. La prochaine étape sera de découvrir d’autres univers culinaires, d’autres cuisines. Je devrai quitter l’Auberge car j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Et peut-être un jour avoir mon propre restaurant !
Une interview à retrouver dans la rubrique l'Art d'être audois du numéro audeMAG#53