Dans la Haute-Vallée de l’Aude, autour des nombreux plans d’eau, difficile de parler de canoë-kayak sans que le nom de Maurice Ferrières ne soit prononcé. Et pour cause, ce passionné a su transmettre et former de multiples champions au fil de l’eau et des années.
Peut-on dire que vous aurez consacré votre vie au kayak ? Maurice Ferrières. Après avoir goûté à plusieurs autres sports en scolaire puis en clubs, j’ai débuté la pratique du canoë-kayak en 1971 puis, rapidement, j’ai ressenti le besoin de transmettre. Durant ce temps, j’exerçais un beau métier et j’ai fondé une famille, ce n’est donc qu’à partir de ma retraite que j’ai pu m’investir davantage auprès des jeunes intéressés par la compétition. Donc, disons plutôt que mon implication en tant que moniteur puis entraîneur bénévole aura eu une place importante dans ma vie.
La Haute-Vallée est-elle le terrain idéal pour le kayak ? M. F. Le coup de projecteur sur la Haute- Vallée date de 1987, avec les championnats de France de descente dans les gorges de l’Aude (Saint-Georges et Pierre-Lys), puis à nouveau en 1999, avec le retour de ces mêmes championnats. La réputation de ce terrain de jeu était faite. C’est un territoire attachant avec sa colonne vertébrale, la rivière, que j’ai bien sûr parcourue en totalité jusqu’à son embouchure aux Cabanes-de-Fleury.
Avec la sécheresse, des adaptations seront à trouver
Vous avez sorti de nombreux champions. Quelle a été votre recette ? M. F. Je crois en premier lieu avoir rencontré des jeunes motivés, lesquels ont eu la chance de me trouver disponible. Ensuite, il faut gagner la confiance des parents puis celle d’un club tout entier et enfin continuer à se former soi-même. Il est important de pratiquer l’activité avec les jeunes, de les accompagner sur d’autres sports complémentaires et sur d’autres plans d’eau. Ainsi, au club de Limoux, on peut afficher sans interruption depuis 19 ans un nombre de médailles obtenues aux championnats de France « supérieur au nombre d’étoiles du drapeau des USA », pour reprendre l’expression d’un conseiller technique régional. Sans parler d’autres belles médailles et places internationales.
Chaque sport met en valeur ses vertus. Quelles sont celles du kayak ? M. F. Le canoë-kayak est un sport de pleine nature. On y apprend la technique, la sécurité, mais aussi l’environnement et le respect des autres usagers de la rivière. L’élément eau et ses dangers, variables selon le volume ou la température, créent une entraide et une camaraderie intergénérationnelle, y compris pour la mixité. Cet ensemble constitue à mon avis un plus, avec le courage et le dépassement de soi que l’on retrouve dans tous les autres sports.
La sécheresse dans l’Aude ne met-elle pas en péril la pratique de ce sport ? M. F. Quand j’ai débuté, on partait dans la Haute-Vallée sans se poser la question de savoir s’il y avait de l’eau. De nos jours, on doit s’informer avant pour savoir s’il sera possible de naviguer, en faisant une estimation avec les débits des jours précédents. La sécheresse fait partie d’une évolution climatique préoccupante et notre lien avec l’environnement ne nous y laisse pas insensibles. Des adaptations seront à trouver, et il est certain que les diverses pratiques de notre sport évolueront. À Limoux, nos entraînements se font en très grande majorité sur le plan d’eau calme de 750 m de long devant le club, lequel se trouve en amont du barrage d’une microcentrale.